J’ai les pores trop ouverts, le vent me passe au travers

Sans les arbres dans lesquels il joue, le vent resterait invisible. Rien ne laissait présager ce qui m’arriverait dans les jours qui suivirent mon arrivée dans ce village reculé. Je venais en Bretagne régulièrement visiter mes enfants. Pour m’assurer une tranquillité à laquelle je tenais, je louais un gîte dans un de ces coins préservés où le remembrement n’a jamais fait de ravage, où les parcelles sont encore séparées par des talus sur lesquels se dressent des chênes et des châtaigniers centenaires. L’atmosphère des forêts où les korrigans ne sont jamais loin, m’apportait un dépaysement quelque peu propice à la méditation et aux intrigues ancestrales inattendues.

Lorsque l’on vint frapper à ma porte ce soir-là, je fus étonnée mais enthousiaste. Je reconnus le fermier voisin avec qui j’avais parlé la veille. Un homme charmant, au sourire chaleureux éclairé par deux dents du bonheur, qui soudain m’apparut sombre et inquiet. Pourquoi sa physionomie me semblait-elle si éloignée de ma première impression ? Un proverbe africain me vint à l’esprit : c’est quand le vent souffle que l’on voit les fesses de la poule.

J’ouvris la porte, intriguée

«  -Excusez le dérangement, me dit-il dans un souffle, auriez-vous un téléphone portable, ma femme a fait un malaise et la tempête de ces derniers jours a coupé notre fil téléphonique, je ne peux pas appeler les secours

-Mon portable ne passe pas ici, je suis sortie jusqu’au talus, en haut de la butte hier pour appeler mais je crois que les numéros d’urgence fonctionnent »

J’allai, avec une certaine nervosité, chercher dans mon sac mon téléphone. L’homme me suivit dans la maison, respirant bruyamment. J’étais brusquement tendue. Je regardai l’écran et m’aperçus que je n’avais plus de batterie. Il s’impatienta

«  A quoi bon tous ces instruments qui ne fonctionnent jamais quand il faut »  gronda-t-il dans mon dos

Je fis une moue désolée et montai rapidement à l’étage chercher mon chargeur. En l’entendant dans les escaliers je fus, contre toute attente, déstabilisée moi qui me pensais armée dans ce genre de situation.

J’ouvris les tiroirs de la table de nuit avec une nervosité redoublée et trouvai mon chargeur. Je le branchai maladroitement à la  prise au-dessus de la plinthe et aperçus ses chaussures pleines de boue. L’odeur m’incommoda. Il me prit le portable des mains et composa le 15. A ce moment son jeune fils l’appela :

« Papa ! Maman est revenue à elle, viens vite ! »

Il redescendit en hâte l’escalier, mon téléphone à la main. Je restai là, interdite, hébétée par les sensations que j’avais éprouvées, étonnée d’avoir été si vulnérable et si méfiante.

Le vent laisse décidément d’étranges traînées sur le quai de nos certitudes.

Josette


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