Courant d’air, courant d’amour

Tout amour dans le vent s’enflamme ou s’apaise, selon.

Dans le vent léger du ciel, les hirondelles écrivent d’invisibles poésies. Parfois elles se regroupent en noyau oblongue, d’où progressivement se dégage une clé de sol. Un souffle de vent d’alizé ou bien d’amour, elles s’égrainent en longues files quasi parallèles. Puis au gré des courants, les hirondelles s’enflamment en portées flamboyantes comme celles de Beethoven, ou s’apaisent en notes claires comme celles de Schubert.

 

Dans le vent léger chez moi  aussi, l’amour s’attise ou retombe selon mon hirondelle. Aujourd’hui, l’une d’elles s’est posée sur la basse branche du charme trônant depuis tant de décennies sur la petite place du marché. Je l’avais remarquée, frêle comme l’oiseau, virevoltant d’un étal à l’autre. Moi, je suis bouquiniste ou plus modestement fils de bouquiniste mais je suis sans doute doté de la même fibre que maman pour les vieux manuscrits. Chaque jour de marché, quand il fait bon soleil, je sors quelques planches et tréteaux et je propose mes choix de la journée.

C’est ainsi, que j’ai pris tout mon temps pour observer l’atterrissage de mon hirondelle et sa façon de s’approvisionner. J’ai tout de suite vu à la blondeur de ses cheveux qu’elle n’était pas du pays. L’oiselle est migratrice. Elle est assez grande, alors qu’ici les gens sont plutôt ramassés. Sa peau est également plus blanche que les filles du coin. Que fait-elle chez nous? Mon village pour elle, est-il une escale ou un point de chute?

J’ai remarqué également qu’elle n’est pas accompagnée. La situation m’a donné des ailes, et comme un emplumé je l’ai abordée. Elle hésitait à choisir un melon chez le primeur installé dans la contre-allée juste en face de ma boutique, je me fis galant. Je fis semblant de choisir un melon et lui en présentai un comme une offrande. Je lui fis découvrir que, sous la queue qui se détachait ostensiblement, se cachaient de petites craquelures, signe d’un fruit à point.

Pourtant après m’avoir remercié, je sentis bien qu’elle n’était pas dupe. D’autant moins qu’après quelques échanges de courtoisie, je repartis vers mon magasin, sans même m’être choisi un autre melon.

Les semaines sont courtes, mais celle-ci me sembla une éternité. Nous étions enfin dimanche, deuxième jour de marché de la semaine. Alors que j’étais en peine discussion avec ma mère sur sa dernière acquisition, une collection de Baudelaire trouvée dans un vide-grenier, une voix douce, comme portée par la brise, vint du dehors et m’invita à la rejoindre. Pour sûr, c’était bien la dame au melon, ou mon hirondelle, selon.

Malheureusement, conforme à l’idée de l’illusion que je m’étais forgée, la belle migratrice n’était revenue me voir que pour me demander un guide de la région. Elle avait l’intention d’explorer celle-ci, les trois prochains jours, puis de poursuivre son chemin plus vers le sud. En réalité, elle était venue en avant-garde de son mari, choisir un terrain à bâtir. Elle me dit non sans malice, qu’un garçon comme moi qui avait été si habile à l’aborder, aurait sûrement quelques suggestions intéressantes sur les bons plans de la région et de celles limitrophes.

Ah! La beauté n’est qu’un souffle opposé au vent de la réalité.

Je le sentais bien, mon village n’était qu’une escale dans l’échappée migratoire de ma belle hirondelle. Voilà, nul vent n’est fait, pour celui qui n’a point de destinée…

D.D’O


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