Virgile

Il y a une dame qui vient tous les mardis et qui nous lit des histoires. C’est elle qui apporte les livres, ou bien elle les prend dans la bibliothèque de l’école. Alors l’autre jour, elle nous en a lu une. Elle a dit : « c’est un conte ». Je ne me rappelle plus du titre.

Ça parlait d’un homme, d’un jeune homme. Il s’appelait Virgile. Il vivait dans le pays de la petite sirène… là, je n’ai pas compris de quel pays il s’agissait ! Ah, le Danemark, oui, c’est ça. Donc, Virgile vivait au Danemark. Et il était très malheureux. Il n’avait pas d’argent, ses parents étaient décédés… Enfin, morts, quoi !

Ce qu’il aimait faire, c’était écrire des poésies. La dame a dit que c’était pour ça qu’il était pauvre. « Qui va acheter des poésies ? » elle a demandé. Je n’ai pas osé dire : « Moi ! » De toute façon, je n’ai pas d’argent.

Au Danemark, il fait très, très froid, tout le temps. Il faut mettre un bonnet, des gants, des bottes bien chaudes et cætera… Alors Virgile, quand il a eu usé tous ses habits et comme il n’avait pas de sous pour en acheter d’autres, il a décidé de partir vers les pays chauds. Comment il est parti… Là non plus, je n’ai pas bien compris. La dame a dit « Comme le petit Prince, il a profité d’un vol d’oies sauvages qui passaient par là »… Elle a dit aussi qu’elle nous parlerait du petit Prince un autre jour.

Et c’est comme ça qu’il est arrivé dans un pays beaucoup plus près du soleil que le Danemark. Je ne me souviens plus du nom, mais c’est un pays où il faisait très, très chaud. Virgile était content parce qu’il n’avait plus besoin de veste en laine, de chaussettes et de gants. Pas besoin de maison non plus, il pouvait s’endormir dehors en regardant les étoiles.

Les gens étaient gentils avec lui, ils lui donnaient à manger et à boire. Et Virgile, pour les remercier leur écrivait un poème sur un papier. Les gens de ce pays ne savaient pas lire le danois (qui était la langue maternelle de Virgile), mais ils prenaient quand même le papier, le pliaient en tout petit, le rangeaient dans un petit sac de cuir qu’ils s’accrochaient autour du cou. La dame a dit que c’étaient des « grigris », pour porter bonheur, pour soigner, enfin, tout ça.

J’ai oublié de vous dire que dans ce pays, les habitants avaient tous la peau très, très noire, des cheveux noirs, des yeux noirs. Et Virgile, lui, avait la peau plutôt rose, des cheveux jaunes, des yeux bleus. Alors tout le monde pensait que ses grigris — enfin, ses poèmes — étaient plus efficaces que ceux des sorciers du pays.

C’est ainsi qu’un jour, un homme très riche l’a fait venir chez lui. Sa fille unique dépérissait, s’enfonçant dans une tristesse sans retour depuis des années et aucune parole, aucune médecine, aucun sorcier, rien ne parvenait à la guérir.

Virgile a essayé d’expliquer qu’il n’était pas un guérisseur, qu’il ne pouvait pas l’aider. L’homme lui a répondu : « Si tu ne guéris pas ma fille, je te donnerai à manger à mes lions. Si tu la guéris, tu pourras l’épouser. On ne discute pas ». Et il est sorti.

… …

Et après ?

Tu veux savoir comment ça se termine ?

Moi, je sais. On en a discuté avec la dame.

Mais je ne peux pas encore en parler.

Danielle Fayet


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