Dualités

Les textes  sont de Nel Young, Annick Delaunay-Crouail, D D’O, Patricia. R, Claude LB et Florence HP

 

I-

Mon cher « amour »

Je te quitte. Dix ans de souffrances pour moi. Pour toi juste le temps de la lecture de cette lettre pour souffrir. Ce n’est pas équitable. Cela n’a jamais été.

Je t’avais conquise sur un pari en tant que membre permanent d’un cercle de célibataires endurcis. Tu étais la cible de nous tous. Grande fille brune jolie et effacée ton silence consenti reflétait ton vide. Mes armes pour gagner la bataille, mes sourires appuyés. Ma connaissance des femmes et le nombre de relations intimes avortées me donnaient une avance sur mes compagnons. Tu n’étais pas la princesse dont j’avais rêvé mais la fille du patron qui pesait lourd en bourse ! le jeu m’excitait, notre mariage d’argent prouvait au monde que le poisson était dans les filets. Le désir était absent de cet arrangement. Tu voyais en moi le mâle protecteur, je n’étais que le voyou. Ce que tu prenais pour des attentions n’était que manigances au profit d’une vie de débauches. Ton endormissement médicamenteux du soir m’ouvrait les cercles de jeux et les bordels. Mon plus grand plaisir était de te refuser l’enfant que tu voulais. Ton absence de réaction m’exaspérait. Tu m’aimais tellement ! Mais bordel pas moi !

Aujourd’hui je l’ai rencontrée ma princesse ! je ne veux pas être seul, je la rejoins sans regrets et sans regard en arrière

Ton mari

II-

Mon cher amour,

Je te quitte et te libère.

Certes notre rencontre était le fruit d’une arnaque. J’étais faible, sous la coupe de mes compagnons de jeux. Il fallait être le pire pour être accepté dans ce cercle. Quand je t’ai vue la toute première fois, ton allure m’a bluffé. Il fallait te conquérir, te faire mienne. Mais serais-je à la hauteur ? ta personnalité mystérieuse m’impressionnait et ta dote m’aida à me sortir de mes dettes de jeux. Jamais je n’ai pu me laisser aller à un geste d’amour, d’abandon avec toi. Pourtant chaque soir, je t’accompagnais dans ton endormissement et profitais de ta conscience absente pour te dorloter. Sans mes peurs récurrentes j’aurais pu t’aimer pour toi et te donner cet enfant tant désiré. Tu es un être d’amour je ne suis qu’un estropié du sentiment.

Je te souhaite de vivre de grands moments paisibles, tu les mérites

Aimé

Young Nel

¤¤¤

I-

Je te plume, moi qui ne suis qu’un scélérat, cherchant probablement à me disculper. Je vais te laisser sans gloire, à tes pleurs et ta colère. J’en aime une autre, vois-tu qui a la candeur de ne pas voir dans mon visage, mon âme intérieure.

Tu peux à loisir me descendre de mon piédestal, je ne serais plus ton prête-nom, ta devanture. Je laisse tomber le masque d’argile que tu as moulé sans fin.

C’est dans le miroir de ta coiffeuse, que je me suis retrouvé. Cette coiffeuse 18ème, mon présent pour nos noces de coton. Cette coiffeuse qui m’a enfermé dans ses tiroirs, comme tu m’as enfermé dans tes prégnances. Son miroir était tout pour toi, mais pour la première fois, je m’y suis baigné avec une créature autre que toi – un vent de liberté.

Celui que tu croyais connaître

II-

Tu pleures, j’en suis confondu, j’ai vieilli bien trop vite, te négligeant tant de fois. C’est aussi parce que tu as vécu, naïve, trop amoureuse pour tenter de changer, ne serait-ce qu’un iota à nos habitudes.

Je suis profondément désolé de t’avoir embarqué dans ma léthargie. Je n’ose penser, au travers de ces quelques mots, au visage que j’ai su présenter à tes parents, ambitieux, sportif, conquérant.

En quinze ans, pardonne-moi, j’ai tout explosé et maintenant tu pleures. Tu auras mis tant d’années à t’endormir sans t’en apercevoir, tandis que moi, assis sur ma conscience, je savais que l’on irait à l’errance.

Nous ne sommes plus ensemble, et je te supplie d’en rester là.

Ton amour déchu, pardonne-moi, oublie-moi.

 

D.D’O

¤¤¤

I-

Cher ami

Je suis au regret de vous annoncer que je suis amenée à me désister quant à mon intention d’acheter votre si charmante maison. Vous qui m’avez connue petite fille vous ne pouvez que penser que je suis affreusement désolée et m’en veux de vous avoir donné de telles espérances. Rappelez vous les propos de ma grand-mère « cette petite, un véritable ange, elle ne ferait pas de mal une mouche ». J’ai passé de si délicieuses vacances quand vous louiez à mes grands-parents ! C’est avec émotion que je me souviens des cavalcades dans l’escalier quand il fallait au matin, aller vider les seaux de nuit, dans le cabinet au fond du jardin. Je ne m’en plaignais jamais ! Combien de fois ai-je rêvé de faire à nouveau les six kilomètres qui nous séparaient du village pour aller faire les courses à l’épicerie de madame Garcia. Comment vais-je pouvoir me faire pardonner ? Je me suis précipitée dans cette affaire sans réfléchir mue par le souvenir des joyeux étés passés à Angiens. J’ai oublié, prise dans mon désir, mon âge ….. Quelle idiote je suis ! Accepteriez vous, en souvenir de bonne maman de continuer à me recevoir ? J’ose espérer que vous conserverez votre amitié

Votre Bénédicte fort affligée

PS : Comment pourrais-je réparer mon inconséquence ? Votre femme est elle toujours aussi friande des nougats de Montélimar ?

II-

Monsieur

Veuillez par la présente, prendre connaissance de ma rupture du compromis de vente.

En effet, enfant alors que vous louiez votre maison à ma grand-mère, je ne m’étais pas rendu compte, vu mon jeune âge, de l’absence totale de commodités. Je ne peux absolument pas envisager de vivre dans une maison qui n’est pas de plain pied. Un confort quant aux sanitaires m’est plus que nécessaire vue la polyarthrite qui me fait souffrir de plus en plus.

D’autre part le département n’a pas amélioré, malgré ses promesses, le chemin vicinal qui mène au village. Faire ses courses chez madame Garcia est un problème insurmontable.

Une clause, dans le compromis de vente, me permet de le rompre sans vous dédommager. Vous m’avez dissimulé le fait que la fosse septique est commune avec celle des voisins.

Veuillez recevoir l’expression de mes salutations distinguées

   Bénédicte Duranton

Annick Delaunay-Crouail

 


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