LE NID

Le lieu

L’orage commençait à s’éloigner, mais la pluie persistait.

Du chêne dominant, maman Pinson scrutait fixement son nid.

Tressées par mille efforts, les innombrables brindilles,

qui constituaient l’ossature de nid, étaient bien malmenées

 

Elle avait pourtant, avec tant de précautions choisi le lieu,

pour s’attarder en final sur ce robuste frêne.

Mais la tempête plus forte que prévue, en partie détériora son habitat.

Plusieurs branchages, au sol étaient juchés, le cocon tout la haut, à moitié retourné.

 

Horrifié par ce spectacle, la Pinsonne pris son envol.

Notre poussin, encore tout ébouriffé était bien dérouté.

Le vertige lui prit, découvrant pour la première fois de son nid, une immense vallée.

L’épais feuillage s’étant envolé, la protection naturelle dispersée,

notre poussin restait éberlué, son duvet tout trempé.

 

Effroyable vision que ce nid, au gré des bourrasques, ballotté.

Dedans c’était Beyrouth, dehors une bâtisse délabrée,

comme abandonnée, et la pluie ne cessait de tomber.

 

Le personnage

Pinsonnet, il se nommait, petit pinson tout mignon, jaune d’or et vert tendre.

J’étais là, dit-il, en ce lieu d’où je ne pouvais m’échapper.

J’étais là, de par la volonté de maman, qui longtemps m’y avait couvé.

 

Plumet au vent, transi par l’ondée, coupé de mes ailes,

ou plutôt de celles, qui ne m’avaient pas encore poussé.

Agrippé de toutes mes forces, sentant comme se déchirer,

mes pattes toutes frêles, mes griffes naissantes se déformer.

 

Les yeux ronds, déjà d’un noir jais, écarquillés à tout va,

sur ce grand vide, il pensait:

‘Maman sera fière de moi, je me suis accroché’

Apeuré, trempé , détrempé, mais déjà bien trempé dans son désir de vivre,

Pinsonnet décida, en ce jour-là, qu’on ne l’y reprendrait plus,

Il apprendrait à voler.

 

L’ami

Hélas, la tempête étant de taille, la vicissitude n’épargna nulle espèce.

Pour preuve et conséquence, l’amitié qui en survint, l’histoire qui en suivit.

On ne sait, ni comment, ni pourquoi, de l’étage supérieur,

tout proche de la cime de notre frêne, tomba dans mon refuge,

boule de poil, boule de plume, un petit sansonnet, tout d’ocre et de brun.

 

Tout commotionné, estourbi par la chute, Pinsonnet fit comme sa maman

pour le rassurer. Sansonnet, Pinsonnet l’a couvé.

Ce fût d’ailleurs à tous deux que cette chaleur profita.

Et c’est à deux désormais, qu’ils pourraient vaincre l’adversité.

Sansonnet, amitié, Pinsonnet.

 

Maman Pinson ayant observé la scène, d’emblée abonda dans son sens

et adopta Sansonnet, le nouvel ami de son petit.

 

La rivalité

L’eau persistait, cela faisait maintenant bien des jours,

et la maman calfeutrait, consolidait.

Fort heureusement au demeurant, car tous les deux s’alourdissaient.

La place dans le nid devenait exigüe, surtout sous l’aile protectrice.

 

Et si en deçà des moments consacrés au sommeil réparateur,

nos deux oisillons échafaudaient des plans pour apprendre à voler,

la plupart du temps, leurs joutes tournaient en véritables prises de becs.

 

‘Le vermisseau est pour moi..,’ bousculade. La droite du nid, bousculade, l’origine,

celle où il y avait le plus de duvet, devint rapidement, l’objet de leurs convoitises.

Ou encore, ‘lequel de nous deux pourra le premier, comme Icare, se rapprocher du soleil’.

 

L’obstacle

L’obstacle, fut le retour de papa Pinson, Pinsonnet le pressentait.

Dès que le ruissellement des gouttes au travers des dernières branches cesserait,

et que le beau temps se rétablirait, le papa reviendrait pour apprendre au petit, l’art de voler.

Instinct ou pas, dès son arrivée, le papa régurgita dans le bec de Pinsonnet,

une purée de petits insectes prémâchés, spécialement pour lui, préparés.

Mécontente de l’absence de partage, maman Pinson s’en mêla.

 

Prise de bec sérieuse, cette fois-ci des deux parents,

Sansonnet apeuré, pépia pour se faire voir,

pépia si fort, que papa Pinson courroucé, le bouscula sans ménagement,

à deux doigts du vol plané

 

Ce fut la Pinsonne qui, voulant sauver sa progéniture, le chassa loin de son nid.

Papa Pinson quant à lui, vexé, outragé partit pour toujours.

Alors voilà, bien désarçonnés, là-haut dans leur nid tout rafistolé,

nos moineaux furent bien dépourvus.

 

Sansonnet, le nouvel ami était devenu, le rival.

Papa lui même, était devenu l’obstacle de la couvée.

Mais qui désormais, leur apprendrait à voler

Une deuxième bataille venait de commencer

L’automne n’avait cessé, les gouttes recommençaient à tomber.

 

D.D’O


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