S’il vous plaît…

 Consigne : encadrer l’extrait pris dans  « Ivresse de la métamorphose » de Stephan Zweig, écrit ici  en italique

Toc, toc toc ! Il entre

– Monsieur Louis, veuillez m’excuser Monsieur, il faut que je vous parle d’une chose entendue ce matin à la brasserie de l’horloge, oh non pas que j’écoute le voisinage mais la personne entendue est un peu sourde et parle haut alors…. Figurez-vous qu’il y avait un petit sauté de mouton, un régal ! Arrosé de…

Oui si vous voulez venons-en au fait ! J’ai entendu que votre associé veut investir lourdement dans l’entreprise … que nous connaissons et il me semble bien avoir surpris que vous ne pourriez pas suivre l’investissement rapport à vos actions russes qui comme chacun le sait sont réduites à des bouts de papier tout juste bons à se chauffer. La rumeur est-elle à ce point avérée ? D’autres que vous s’en sont sortis. J’en connais qui roulent carrosse et retrouvent pignon sur rue

– S’il vous plaît, épargnez-moi les formules de consolation, je les connais déjà. Vous allez me dire qu’il n’y a pas de honte à être pauvre, mais c’est faux. Si on ne peut pas le dissimuler, c’est une honte. Il n’y a rien à faire, on a honte comme il arrive, lors d’une invitation, que l’on fasse une tache sur la nappe. Méritée ou non, honnête ou crapuleuse, la pauvreté pue. Oui, elle pue comme peut puer une chambre au rez-de-chaussée donnant sur une courette, comme puent les vêtements pas assez souvent renouvelés. On le sent comme si on était soi-même du purin. Ça ne sert à rien d’arborer un nouveau chapeau, comme quelqu’un qui se rince la bouche alors que l’odeur fétide provient de son estomac. Cela tient à vous, colle à vous, et chacun qui vous frôle ou vous regarde le perçoit.

– Vos pensées bien sombres m’inquiètent. Regardez Monsieur de Buchy, ce qu’il est aujourd’hui… Vous souvenez-vous de l’hiver où pour lui tout semblait sans issue, les portes de ses amis se fermaient l’une après l’autre. Il a fallu une rencontre heureuse je vous le concède mais qui vous dit que cela ne pourrait vous arriver ? Tenez, voici la carte d’un ami bien placé dans l’univers qui vous échappe. Dites-lui qui vous envoie. Non ne me remerciez pas, j’ai moi-même connu des moments qu’il vaut mieux oublier

Bernard

L’autodidacte

Ce mot est bien galvaudé, attribué généralement à celui qui réussit dans un domaine, où il n’a pas été formé.

Mais, il existe aussi des gars plus authentiques, qui n’ont à la base aucune formation, et qui pourtant se révèlent et réussissent une entreprise.

C’est le cas de Marcel, qui, contraint par les moyens, arrête ses étude à la fin du secondaire, enchaînant sans coup férir et sans journées creuses plusieurs métiers en enfilade.

Il travaille dans un premier temps avec ses mains, dans la mécanique industrielle, puis au tournant d’une belle opportunité, entre dans le monde des ressources humaines et du business.

Ses facultés se développent, il s’instruit, réussit des coups fabuleux, tant et si bien qu’un jour, il est repéré par un entrepreneur séducteur qui l’entraîne dans les rouages de son entreprise.

Notre ami Marcel, égal à lui-même, toujours aussi productif, scrupuleux emprunte et investi dans des parts de la société. Tout va bien pour lui, il n’est pas encore riche, mais fabrique de la valeur ajoutée, un jour lui et les siens seront à l’abri.

Séducteur, ai-je dis à propos de celui qui finit par devenir son ami!

Puis comme dans vilain conte de sorcellerie, notre ami Marcel fut trahi, son savoir-faire extorqué, sa mise dilapidée. Si en trois ans, il s’était construit, en trois mois il s’en alla déconstruit.

Maison, mariage, dettes exponentielles, alors épargnez- lui s’il vous plaît, les formules de consolation, il ne les connaît que trop.

Vous pourrez lui dire et même penser qu’il n’y a pas de honte à devenir pauvre, surtout que son malheur est du faîte d’un autre, mais c’est viscéralement faux.

‘Il n’y a rien à faire’, crache de rage Marcel, il entraîne sa famille dans les affres de sa faillite, teinté de honte et de désespoir. Méritée ou non, aurait-elle été honnête, mais crapuleuse pour lui la déchéance l’a foudroyé, la pauvreté le fait sentir.

Elle sent le rance, comme ses deux costumes qui ne voient plus le teinturier ni même le fer à repasser Marcel fait des haut-le-cœur sur lui-même, l’âcreté vient de lui, la fermentation du dedans. Cette aspiration vers le vide lui tient au corps, lui colle comme une nouvelle marque de fabrique.

Maintenant chacun le sait, le banquier non compatissant, les clients qui changent de crémerie en un instant, ses employés compatissants eux, mais tout de même soupçonneux, le maire de sa bourgade, puis sa Femme, ses Parents, sa Fratrie…

Il est là, pauvre Marcel, dépité, abusé, passé dans les règles du 20/80, maison vendue, véhicule séquestré, dettes surmultipliées, dignité bafouée. Il a de quoi se faire sauter l’caisson, pov’ Marcel.

 

‘Les enculés, ils lui ont tout piqué, d’aucun les auraient butés, pas Marcel, pourtant !!!’

Et il est allé le Marcel, masochisé par la turbulence, assisté à la vente publique de tous ses biens, plutôt de tous les biens. Il était là, anonyme dans la foule, transparent. L’avait-on reconnu? Quelle déchéance.

Faudrait-il qu’il en vienne à tendre la main, il connaissait bien sûr, les qualificatifs de ceux qui sont dans la rue, SDF, clodo, picton car on pouvait confondre.

Il n’avait jamais bien dormi Marcel, mais c’était pour la bonne cause. Aujourd’hui, il dormait encore moins, éveillé par le doute, apeuré par l’avenir.

Et si aujourd’hui, il était déjà dans l’avenir, quel serait l’étendue de sa toile cirée? Trouverait-il des ressources pour demander, quémander?

Il ne savait même pas quêter, où se situait la Croix-Rouge, où, où…

Et il se mit à pleuvoir sur Marcel, de la vraie pluie, celle dont on ne pourra sécher que trop lentement.

Alors cette mauvaise odeur qu’il avait ressentie au fond son estomac serait également corporelle. Les passants sentiraient.

Pauvre Marcel, autodidacte de la rue.

D.D’O


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