Altérité – la laideur

Il s’appelait Le Lay, ce qui ne s’invente pas. Il était petit, de stature déjantée, avec des membres trop longs et difformes. Et pourtant, quand il parlait, on ne faisait pas attention à tous ces défauts, car il retenait le regard grâce à un visage harmonieux malgré les cicatrices qui le couturaient.

Le Lay disait qu’il ne m’avait pas immédiatement reconnu, mais que ma voix lui rappelait quelque chose.

Moi : Désolé, je n’ai pas l’oreille musicale, ni la mémoire des visages.

Le Lay : Mais si, rappelez-vous, c’était à un cocktail et vous avez insisté pour que je vous donne une interview.

Moi : Oui, je me rappelle maintenant, vous étiez assis dans un fauteuil près de la fenêtre.

Le Lay : Je ne l’ai jamais vu paraître cette interview, pas plus que la vidéo que vous en aviez faite…

Moi : En fait, nos propos c’était du badinage sans importance. Je n’ai pas voulu exposer votre image aux réflexions d’un public obtus.

Le Lay : Mais vous savez, tout le monde me connait depuis longtemps !

Moi : On connait votre musique, mais ne vaut-il pas mieux garder de vous une image physique idéalisée ?

Le Lay : Quelle importance l’apparence physique ? Ce qui compte c’est l’esprit. Croyez-vous que l’on se rappelle la tête de Beethoven quand on écoute ses symphonies ?

Moi : A l’époque de Beethoven il n’y avait pas d’appareil photo, ni de cinéma, ni de télé…

Le Lay : Oui, mais on se devait de fréquenter les salons et croyez-moi, les courtisans n’étaient pas des tendres dans leurs propos.

Moi : Pardonnez-moi de le dire, mais comment trouvez-vous le courage de mener la même vie que tout un chacun ?

Le Lay : Vous voulez dire à cause de mon handicap physique ?

Moi : C’est cela, mais je ne voulais pas le formuler ainsi.

Le Lay : Après mon accident, j’ai fait de la rééducation pendant plusieurs années. Il y avait au centre une infirmière très dévouée avec laquelle j’aimais discuter pendant ses moments de pause. Je l’initiais à la musique et elle me confiait ses problèmes professionnels. Nous avons ainsi communié dans nos préoccupations et à la fin de mon traitement, nous avons constaté que nous ne pouvions plus nous séparer l’un de l’autre.

Moi : C’est elle qui vous accompagne ainsi partout ?

Le Lay : Je ne peux plus me passer d’elle ; c’est elle qui m’a donné la force de me remettre à la musique et vous avez vu le résultat !

Moi : Vous avez bien de la chance d’être aimé ainsi !

Andrée


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