Récit d’une métamorphose

 

Picasso

Après trois mois d’hospitalisation, Marcia sortit par la rue saint Jacques. C’était le grand jour !

Elle avait réappris à se regarder dans le miroir. Ça avait été long et moralement douloureux mais rien en comparaison de la souffrance physique endurée…

Elle aperçut Jérôme sur le trottoir d’en face. S’engageant d ‘un pas alerte, elle força une voiture à piler. Se tournant vers le crissement des pneus, elle croisa le regard furieux puis terrifié de l’automobiliste. Il redémarra sur les chapeaux de roues comme s’il avait croisé le diable ! Jacques s’était approché la prenant par l’épaule, il remontait vivement le boulevard Port-Royal. Ils étaient heureux , elle lui racontait les derniers évènements de sa vie. Pour elle c’était la fin de son traitement morphinique, tout était cicatrisé. Dans six mois, elle avait rendez-vous avec son chirurgien plastique qui lui avait promis un visage à l’identique…

Florence.H

Je nais normale, deux jambes, deux bras, un corps, une tête et un cœur, j’en suis sûre. Ma silhouette laisse à penser que ma vie sera sereine. Mais pourquoi ma mère ne me cajole pas, pourquoi aucune photo ne me représente, pourquoi aucune main ne se tend pour accompagner mes premiers pas?
Je découvre ma laideur : nez torturé cherchant à creuser un sillon, yeux indépendants dirigés à l’opposé, barbichette immonde et peau vérolée. Je déclenche le rejet et l’absence de regard bienveillant. Et pourtant, je me construis contre les autres, avec moi, je m’aime et pardonne à ceux qui ne connaissent pas ma force.
Et puis l’amour vient. Je rencontre ce peintre fou qui m’appelle son Picasso et décide de me réécrire pour son entourage. Chirurgie esthétique plus plus, douleurs et création d’une autre enveloppe. J’ai désormais des traits parfaits, des volumes harmonieux, une peau diaphane. Mon amoureux contemple son œuvre.

Je me regarde trop parfaite, trop différente….et l’enfer commence, Dante m’accompagne, il est le seul, le regard des autres glisse sur ce modèle malheureusement parfait.
Je ne parle plus, la musique de ma voix est dissonante par rapport à ma partition.
Je me hais, la « beaudeur » n’est pas mienne ma construction m’échappe.
Et le reflet de la vitre précipite mon dernier saut.

RMQ


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s