Plaidoyers pour la laideur

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Monsieur le Président!
Ma cliente comparaît aujourd’hui pour attentat à la pudeur. Cette femme libre, âgée de 70 ans s’est autorisée à déambuler nue sur le quai du métro ligne 4. Les clichés présentés montrent une femme forte très forte, seins tombants, peau mousseuse, vergetures et varices exposées.
Quelle est sa faute? Exprimer le désespoir de voir son compagnon de longue date, le père de ses enfants, la quitter pour une chair inconnue et fraîche?
La lecture du corps montre la générosité, la volupté d’un ventre bienpensant, des seins qui appellent le câlin approfondi. Les bras évoquent la maisonnée chaude et confortable, les membres racontent une vie de labeur, de sacrifices, pour porter, laver, soutenir, courir après, enjamber. Ce corps respire la générosité, le don de soi, l’ouverture à l’autre, les autres. Peut-on lui reprocher d’afficher un parchemin personnel? N’avez-vous pas une lecture partisane pour condamner ?
Je ne vous ferai pas l’affront de suggérer que la non beauté de ce corps à l’esthétique bousculée est plus désignée comme répréhensible que la nudité elle-même.
Ne pouvez-vous deviner la beauté de l’imperfection, celle de l’histoire vraie, l’intérêt de la personne au-delà de son enveloppe?
Vous pouvez la blâmer pour la démarche interdite dans les lieux publics. Son abandon résulte de conséquences atténuantes. Mais vous ne pouvez appliquer une double peine, exhibitionnisme et dérangement esthétique. Cette femme soulève des engagements. Sa disgrâce physique est une histoire, un acte militant, de la générosité.
En l’acquittant, vous reconnaîtrez son impertinence et sa beauté. L’exemple sera vivant.

RMQ

Éloge de la laideur

O toi laideur divine,

Tu nourris de ton sang

Ces langues vipérines

Celles qui ne voient que ton enveloppe,

Celles qui jasent, gloussent, roucoulent et se rengorgent

Pour moi tu es l’unique,

De ta bouche s’écoulent des perles de douceur, de bonbons sucrés des vins enivrants

Tu es le sel de la vie,

L’épice au goût étrange qui me fait voyager

Ton chemin de vie t’a appris à reconnaitre l’autre

Et conduis à offrir ton sang en pâture pour qu’il subsiste de toi ce concentré d’aménité

Florence H


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