Cadavres exquis

Quand l’heure bleue paraît tu jettes dans le M’Goun un éclat de rires perdus. Au loin des enfants sortent de l’école. Ils courent, le chèche au vent dans le désert rouge. Une colonne d’énormes fourmis s’étire et avance vers tes grands yeux bleus. Elle en traverse le cristallin. L’œil de Caïn te désigne comme élue ou victime. Tu n’as pas le choix ! Tu déambules sous les peupliers blancs pour sentir la fraîcheur de ce doux début d’après-midi qui va décider de ton sort. Solitude urbaine. Le son limpide du torrent accompagne le raclement rustique de la cuillère dans le plat de tagine

Mer, ciel, maisons, uniformément bleus, apaisent le pèlerin que je suis. La nostalgie m’habite à la troisième partie de ma vie. Jadis le village s’animait le jour de la foire aux bestiaux ; les paysans se rassemblaient, les femmes discutaient. Leurs paroles roulaient dans le flot de la rivière. Elles chantaient la révolte avec cette voix à la résonance nasale des femmes berbères. Le sourire toujours éclatant pour les touristes aperçus à travers les fenêtres d’un car. Aujourd’hui je traverse les forêts bleues de figuiers et d’oliviers. L’appel de la gamelle me fait grenouiller, patauger et décamper à toute vitesse vers la grande bleue.

Collectif


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